Cher lecteur, toi qui meurs d’envie d’en savoir plus, que dis-je, de TOUT savoir sur l’inénarrable Karim Berrouka, ton jour de chance est arrivé. Pour satisfaire à ta curiosité, pour contribuer à ton édification, nous avons bravé les forêts du lointain Katanga, un filet à la main, un bazooka anesthésiant sur l’épaule, et, après une longue expédition pleine d’imprévus tarzanesques, nous avons réussi à acculer la bête dans un couloir désaffecté du bois de Vincennes.
« Parle ! Bête immonde, dis-nous tout !
— Euh, d’accord. Je… Je commence par quoi ?
— Le début, triple con !
— Ah, OK. Au début, je suis célèbre. J’écris des ouvrages révolutionnairement académiques, assez anticonformistes, mais riches en grands archétypes : histoires de martiens envahissant la terre, poèmes sur les villes de mes vacances, histoires de survivants post-apocalyptiques et de leurs potes mutants, poèmes à la gloire de la nature, histoires de machine à emballer le temps, poèmes pour ma maman, etc. Le succès est évident, même si le diamètre de mon cercle d’admirateurs n’excède guère celui d’un hula-hoop. Face à l’indifférence du public (pas assez de dragons dans mes copies, je suppose), une certaine lassitude, pour ne pas dire dépit, s’installe. Je décide donc de mon suicide littéraire. Je détruis l’intégralité de mon œuvre, ouste, tout au feu (pour le symbole, ça le fait grave). Heureusement, je me réincarne, phénix à la plume prolixe renaissant des cendres de sa prose (waow, c’est beau), quelques années plus tard, en adolescent révolutionnairement révolté.
— Et alors ?
— Je m’engage à la fac d’art et laisse à nouveau s’épanouir mon colossal génie créateur (je fais des nouveaux mondes de chaque tache d’encre). Vient alors ma période dite « Odes aux gommettes rouges et vertes écrites avec des macaronis séchés ». Je suis vénéré par le Paris tout-branché (section lettrisme figuratif post-moderne) qui voit en moi le successeur d’un obscur couillon porté aux nues le temps d’une ou deux soirées mondaines, et reparti hanter les bas-fonds de l’anonymat depuis.
— Hum…
— Oui, hum… Tout cela me paraît bien futile. Alors, je me mets à la musique, la pire possible, la meilleure qui fut, je me roule dans la zaïroise compressée, j’écris des nouvelles à contraintes lysergiques, je cultive mon jardin au fond de mon placard, j’écris des romans expérimentaux, je sombre dans le Get 27, j’écris de la poésie situationniste et du théâtre néo maoïste, je touche le fond, je fais copain-copain avec les mérous, j’écris des articles pamphlétaires pour le Coyote Rebelle (une pensée pour Boris) et, enfin, tel un Indiana Jones littéraire lancé dans une quête périlleuse à la recherche de son oreille interne, j’accède à la clef de mon troisième œil. Là, tout bascule.
— C’est ta période dite « Grande révélation mystique sur papier bible » ?
— Yes. Je découvre le ghetto de la SF retranché dans sa forteresse inébranlable. Je balance bien un missile ou deux, mais les murs sont faits de la cire d’oreille la plus obstinée. Heureusement, je découvre l’au-delà des débris du ghetto de la forteresse, un autre monde, nouveau, plein de champs fertiles, loin du regard désapprobateur des gardiens momifiés du Dogme, un paradis littéraire qui accueille avec aménité les âmes créatrices libres qui ont autre chose à foutre que de se demander si la SF est morte et si c’est la faute des auteurs des années 80 parce qu’ils n’écrivaient pas avec des moules à gaufres. Bref, la SFFF sans beaucoup de S, ou alors, remplacé par le F de Fanzine (FFFF en gros). Je publie des nouvelles chez l’Oulifan, l’Oxymore, Luna Fatalis, Nestiveqnen, Marmite et Micro-onde, Parchemins & Traverses, La Découverte, je fais une anthologie sur les enfers (qui sortira un jour), une sur les cauchemars (qui sortira un autre jour), je me venge de mes échecs littéraires sur les auteurs qui soumettent des recueils de nouvelles chez Griffe d’Encre, je deviens méchant, je déménage pour Lyon, j’achète un PC, je couche avec les maris et les chats de mes patronnes, je fous le feu chez mes collègues. Il n’y a aucun hasard, tout est lié, tout s’enchaîne, logiquement, c’est la vie c’est la destinée.
— Et la Porte, dans tout ça ?
— Toute ma vie.
— Autobiographique, le récit ?
— Tout à fait. Je suis le fruit des amours libertines entre un nain métallo et une princesse du désert.
— Tes projets ! Avant qu’on te remette en cage !
— Écrire la suite de La Porte.
— Qui s’intitulera ?
— La Lampe.
— Le rapport ?
— J’en sais rien, je l’ai pas encore écrite. »
11/02/2008 : une interview de Karim par Fantastinet est disponible ici.
9/04/2008 : mini-interview de Karim par Cinquième de couverture
Dans la terre — anthologie Les Éléments, tome 1 : La Terre, décembre 2007
La Porte, novembre 2007
Sous le pseudonyme d’Albert Seltzer :
À paraître :